Sainte-Jeanne-de-la-Grenouillère

Dans ce récit, tout est véridique,
sauf les noms de personnes.

Dans une association de bonnes dames pieuses, il se passe en coulisses des rivalités,
des racontars, des médisances, des calomnies, des magouilles et toutes sortes de méchancetés.
On y retrouve des lettres, des téléphones, des enrégistrements audio, des articles de journaux,
des communications reçues et envoyées. Plein de gens à double facette.
Soit la sainte hypocrisie de ces nobles grenouilles de bénitiers.
Laissez-moi vous dire qu’on arrive là, pis qu’elle passe en premier. J’avais tellement hâte de voir si j’étais pour sortir de là en apprenant enfin quelque chose. Elle m’a fait les cartes, le tarot, la clairvoyance. Mais c’est quand elle est arrivée aux lignes de la main qu’elle m’a dit :
- Madame, je n’vous connais pas, mais pourquoi transportez-vous des handicapés dans vos mains ? Pourquoi vous ne vous servez pas de votre don ?
- Quel don ?, que je dis.
- Mais ma pauvre dame, vous êtes pourvue d’un grand don, vous êtes porteuse d’un don très fort de guérison des malades.
- Oh boy !
Là j’ai su que je venais de trouver ce que je cherchais depuis tant d’années. C’est comme si elle m’avait mis une assiette sur la tête, tapé dessus pour me faire éclater la cervelle. C’est comme si ç’avait fait : Pichchchchou…
Alors j’ai senti comme un défoulement, comme c’est pas possible. J’me sentais assez souple d’avoir eu ce défoulement-là que j’aurais pu retourner chez moi en volant. J’étais tellement heureuse, mais heureuse. Vraiment je sentais que c’était ce qui me manquait depuis tant d’années.
Je suis allée dans mon salon où j’avais commencé un p’tit coin chapelle. Juste un cadre, que j’avais eu de mon frère et qui venait de nos grands-parents. Un cadre de
- Seigneur Jésus, si c’est vrai que tu m’as choisie pour guérir les malades avec mes mains, pour prier sur les malades, tu mérites que je te fasse une belle chapelle. Donne-moi la possibilité d’acheter tout ce qu’il faut et je te promets de faire une belle chapelle. Et dans cette chapelle, je travaillerai avec amour et avec cœur. Je vais attirer beaucoup de monde ici pour te prier. Permettez-moi de vous dire ici que tout entrait dans la maison comme un charme. J’avais toujours l’argent nécessaire pour monter ma belle chapelle que je désirais depuis tant et tant d’années. J’me suis fait vraiment une belle chapelle. Puis beaucoup de monde vient prier. On entre vingt-cinq personnes dans ma chapelle.
Le monde aime à venir suivre le Mois de Marie, le Mois du Rosaire, le Mois du Sacré-Cœur, le Mois de Saint-Jude, le Mois des morts. Tout ce qu’on peut faire dans une chapelle. Et j’ai vraiment un bon groupe d’amis qui se sont remis à la prière. Ils ne s’en cachent pas pour le dire. C’est formidable. Je suis sure que le Seigneur est heureux et content de nous, parce qu’il nous exauce énormément.
Là, je l’ai trouvé mon chemin et je sens que c’est ma vie. Prier, vivre avec Jésus et Maman Marie. C’est vraiment formidable et j’en suis très heureuse.
Voici mon horaire de prière : je me lève à cinq heures et je prie jusqu’à sept heures. Là, je lève ma fille pour qu’elle aille à son école, elle va à l’école pour handicapés. Ensuite, de midi à une heure et demie, c’est le rosaire et le chemin de croix. De trois heures à trois heures et demie, de six heures à sept heures et demie, et avant de me coucher, ce sont les prières à diverses intentions. Parce qu’on m’en confie beaucoup. On dirait qu’on m’appelle toujours à la prière. Puis je prie sur les malades, souvent. Plusieurs ont été soulagés.
Dans ma chapelle, j’ai tout, tout, tout : le calice, le ciboire, l’ostensoir, le luminaire, la patène, les stations du chemin de croix, le beau crucifix des cinq plaies, les illustrations des mystères du rosaire. J’ai vraiment tout ce qu’il faut pour offrir les prières avec amour.
Un jour, alors que je faisais mon chemin de croix, debout et les bras en croix, environ un mois après que j’avais fini ma chapelle, rendue à la onzième station, je reçois dans la main droite un de ces coups de clou; j’vous mens pas, mon bras en a fait un saut. J’ai pas eu de mal, mais à la place où je sentais entrer le clou, c’était engourdi.
Au deuxième chemin de croix de la même journée, rendue à la même station, je reçois le même coup de clou, mais dans la main gauche. Et à l’autre chemin de croix, ce sont mes pieds qui ont reçu les coups de clou. J’ai vraiment été saisie de tout ça …
Le lendemain matin, à la même station, je sentais passer dans ma main droite un tampon de ouate avec de l’huile qui adoucissait mes plaies. Et au chemin de croix suivant, ça été la main gauche, puis mes pieds. Là j’ai dit :
- Je ne rêve pas, c’est du réel que je vis là.
Alors j’ai demandé à Jésus crucifié :
- Seigneur, pourquoi me passes-tu des tampons de ouate sur mes plaies ? C’est-tu parce que je suis une femme ?
- Oui, qu’Il m’a répondu.
- Mais Seigneur, j’aurais été capable d’endurer ça sans être huilée. Toi, quand ils t’ont crucifié, y t’ont pas huilé. Y t’ont laissé souffrir. Pourrais-tu me laisser faire ma part aussi ? Puisque tu m’as vraiment choisie pour travailler pour toi, laisse-moi faire ma part.
Vous savez que je le comprends, que je l’entends et qu’on communique beaucoup Lui et moi. Aussi avec Maman Marie. On se comprend très bien. Ils me parlent tellement fort…
Il est tellement bon ce cher Seigneur. Je vous dis qu’il est bon de vivre avec Lui, très bon. On ne voit plus les troubles, on ne voit plus les nuages noirs. Tout se passe bien. La vie est belle, malgré la pauvreté. C’est juste pour manger mon pain trois fois par jour. Mais je me sens riche, riche, riche, comblée de spirituel et d’amour pour les autres.
- Merci Seigneur.
J’aimerais que ma demande d’adhésion à votre sainte œuvre l’Association des serviteurs et servantes de
C’est à Ferme-Neuve, dans les Hautes-Laurentides.
Demande acceptée
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Drrrrring…. Drrrrring…. Drrrrring….
- Allô!
- Bonjour Jeanne, c’est Mariette. Ça va ?
- Ah oui! Ça peut aller.
- Pis Graziella ? Elle qui déteste l’hiver, est pas allée en Floride c’t’année ?
- Bin non! Elle a dit : j’ai jamais aimé l’hiver mais madame Walter reste à la maison des pèlerins alors j’vais rester avec elle.
- Mais elle aimerait mieux qu’elle s’en aille.
- J’comprends.
- En tous cas, on peut juste prier pour elle.
- Ouais! C’est tout c’qu’on peut faire pour elle.
- Moi, j’prie pour elle à tous les jours.
- Pis, comme ça, ils t’ont envoyé une lettre ?
- Oui.
- Alors ?
- Y paraît qu’il y a une publicité qui aurait parue dans le Journal de Montréal. As-tu vu ça ?
- Ouais! Paulette Simoneau en a mis une aussi dans
- Ah oui!
- Alors là, ils sont… ils sont… ils sont bien… e… e… tu comprends qu’ils sont tout à l’envers là. Mais comme de raison, ça me passe sur le dos. Mais j’y suis pour rien. J’le savais même pas. Tout a été fait à mon insu.
- Ah oui ?
- Je l’ai appris par d’autres.
- Ouais!… il est question de tu sais quoi, de ce que tu as déjà dit… concernant la publicité. Pas de publicité, ni à la radio, ni dans les journaux. C’est ça ?
- On va se ramasser avec un tas de curieux pis d’indésirables avec tout ça. Tu sais comment sont les journalistes…
- Ouais!
- D’un côté faut vivre pis de l’autre… bin…
- C’est que sans publicité, ça marche pas. Faut annoncer nos activités pour avoir du monde. Seulement c’est parce que…
- En tous cas, quand on sera face à face, on en causera plus longuement. Évidemment c’est un problème assez sérieux. De la publicité, on en a besoin un peu mais faudrait bien qu’elle se mette la tête sur les épaules
- Ah bon!
- Si elle écoutait… mais elle a pour son dire que tout le monde veut ronner pis c’est elle qui veut ronner. Ça fait que… que veux-tu ? ça lui a coûté une fortune pour ces parutions; elle s’est mise un paquet de monde à dos et ça n’aura pas l’impact que ça aurait dû avoir. Va falloir qu’elle écoute
- Pis tu disais que la place n’est pas prête…
- La place n’est pas prête en effet, absolument pas… Pis deuxièmement… e… e… elle fait paraître des annonces à la fin de la saison. C’est absolument nul.
- Ouais!
- À la fin de la saison comme ça, y a pu personne d’intéressé. Là tout le monde veut rentrer chez eux pour préparer l’automne et pis ce sont les nouveaux programmes de télévision qui commencent. Les gens ne viennent plus dans des soirées ou des réunions. Ils ont la fièvre vers le mois d’avril ou mai. Là ils sont en fièvre et ils veulent des activités pour l’été. Là ça pogne. C’est bin effrayant comment. Ça fait que là je dis que c’est trop tard. Je lui ai dit : premièrement que c’était trop tard et deuxièmement qu’elle ne devait pas le faire sans approbation du conseil d’administration. Elle m’a envoyé chier pis a dit : vous en avez de l’argent vous, alors vous le ferez toute seule à l’avenir. Pis là, elle s’est mise à sacrer après moi comme une vraie déchaînée des enfers. A sacre elle, c’est pas possible comment.
- Ah bin! J’l’ai jamais entendue.
- Mais elle sacre assez c’te femme là, ça pas d’bon sens. Toute la sacristie y passe en pas grand temps.
- Mais qu’est-ce qu’elle fait dans notre groupe de servantes de Marie, elle ? Une servante de Marie qui blasphème…
- Sais pas. Va falloir y voir.
- Elle vient là… pis par en arrière…
- Ouais! On va s’en occuper.
- N’empêche que l’Association a bien fait d’envoyer une lettre de convocation à tout le monde…
- Pas tant que ça… mais c’est comme j’ai dit, … j’ai dit que je n’irai pas si madame Dugré est là… parce que tu n’peux pas placer un mot si elle est là. Et pis
- Tu peux le dire.
- Une pute pis une sacreuse…
- Tu peux le dire.
- Parce que… qu’elle est persuadée que… que… qu’on la comprend pas. Mais j’pense plutôt qu’elle a une personnalité double, sais pas mais… Les autres, j’suis bin d’accord mais pas ces deux-là. J’irai pas si elles sont là.
- Mais c’est toi la présidente…
- J’irai pas si elles sont là.
- Madame Dugré, t’as qu’en pas en faire de cas.
- C’est pas ça l’idée. C’est qu’elle m’a fait une guerre épouvantable cette année. Elle s’est partie son propre groupe de prières et essaie de nous court-circuiter. J’ai eu l’occasion d’en parler avec une tierce personne et même Graziella est rendue sans connaissance. Elle la voit agir, tsé… Est rendue jusqu’à dire que j’ai une secte. Elle dit aux gens de ne plus venir ici mais d’aller plutôt chez elle.
- Faudrait pas se nuire comme ça.
- C’est bin certain. Mais c’est à elle qu’il faudrait dire ça. Mais n’empêche pas qu’une femme de son groupe est allée jusqu’à l’évêque pour savoir qu’est-ce que je faisais. Y a même un évêque auxiliaire qui est venu ici, dans ma chapelle, incognito. Pour fouiner. Ça ennuie l’évêque ces affaires-là. C’est toutes des affaires qui le chicotent. C’est très… très…
- Dans toutes les associations ou groupements il y a des choses semblables. C’est pas juste chez-nous que ça arrive.
- C’est sûr mais ce n’est pas agréable pour ceux qui en sont les victimes. Ça fait que moi j’ai dit : partout où madame Dugré sera, moi j’y serai pas. J’ai averti les Pères du Sanctuaire. Je leur ai dit : quand vous ferez une célébration ou une réunion, si a yé j’y s’rai pas. Et j’ai dit à Graziella : si monsieur Larivière fait une réunion, bin moi, si madame Dugré est là, c’est bin d’valeur mais j’irai pas. Mais j’penserais pas qu’il l’invite parce que lui aussi commence à en avoir soupé d’elle.
- Moi, je te dirais : viens quand même et, même si elle t’adresse pas la parole …
- Ah non! Si elle est là, j’irai pas. Non, j’courrai pas après. J’ai assez de problèmes de même, j’ai assez d’ennemis, j’ai assez d’ennuis, j’courrai pas après d’autres. Ça c’est sûr et certain. J’irai pas.
- C’est comme tu voudras.
- Bon, faut que je te laisse maintenant, y a ququ’un qui arrive.
- O.K. Bye.
- À la prochaine.
- Bye.
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